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Port-au-Prince, Haïti W.I.

MESSAGE DE Mgr. Hubert Constant à l'occasion de la Journée Mondiale de la Communication Sociale:

Cliquez pour lire la Biographie du Mgr. Joseph Serge Miot

Sœurs et Frères bien-aimés en Christ Jésus,

Aujourd’hui, c’est le 7e dimanche de la Résurrection du Seigneur. En réfléchissant sur les textes que la Liturgie offre à notre méditation, nous sentons que, dans leur ensemble, ils nous pressent de célébrer le Don de Dieu offert à l’homme, la louange où nous sommes invités à accueillir ce Don de Dieu. Célébration, fête du Don, certes. Donner et recevoir, c’est réaliser la Communication, c’est établir la relation entre des personnes; donner ou se donner, c’est se livrer, c’est se communiquer, c’est se révéler, c’est ce que Dieu a fait, c’est ce qu’Il ne cesse de faire. Il est Amour! Il est Don! Il donne pour combler; on est comblé pour donner à son tour!

« Nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous. » C’est la grande proclamation que nous venons d’entendre en écoutant la 1ère Lettre de Saint Jean. Ce même amour dont St Paul dit qu’il est répandu en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (Rom.5,5). Nous sommes ainsi exhortés à être des porteurs, des donneurs d’amour. C’est dans ce contexte que, aujourd’hui aussi, nous fêtons les mamans, porteuses et donneuses d’amour, par excellence; les mamans à qui nous adressons nos vœux de bonheur, tout en leur exprimant notre reconnaissance et notre affection. En les honorant, nous supplions le Seigneur de les combler de ses bienfaits.

Également, en cette journée, nous embrassons, dans une même accolade, nos journalistes, hommes et femmes, appelés à se tenir aux avant-postes de l’information, pour renseigner et éclairer l’opinion, selon la vérité. C’est, en effet, en ce jour, le 40e anniversaire de la journée mondiale, consacrée aux Communications Sociales.

A cet égard, le Pape Benoît 16 invite les médias à se développer en « réseau de communication, de communion et de coopération. » Aujourd’hui, dit-il, « les progrès technologiques rendent possible la communication instantanée et directe entre les gens…mais informer les consciences des individus, aider à former leur pensée n’est pas chose neutre. » Cela demande, en vérité, un courage et un sens éprouvés des responsabilités pour que les journalistes soient des « protagonistes de la vérité et des promoteurs de la paix. »

C’est un grand défi, car « il faut toujours rendre compte avec exactitude des événements, illustrer honnêtement tous les différents points de vue. » Le Pape renouvelle les souhaits formulés jadis, par Jean-Paul 2, à l’adresse des médias, « la formation, la participation et le dialogue.» Il est bien évident que, par la communication, en facilitant les relations entre les personnes, on aide à édifier la communion. Puisque le Christ est notre Paix, conclut Benoît 16, « démantelons les murs de division et d’hostilité, construisons la communion d’amour. » (Eph.2,14)

Dans ce cadre, j’ai le double plaisir, au titre de Président de la Commission Épiscopale Nationale des Communications, d’annoncer et de lancer officiellement, aujourd’hui, 28 mai, le fonctionnement, en réseau, par voie de l’Internet, de toutes nos Radios Catholiques, diocésaines et paroissiales. Du même coup, je signale pour les internautes, le site Internet de l’Église Catholique, au www.eglisehaiti.org. On y trouvera tous les renseignements concernant les diocèses, les paroisses, les institutions, les personnes : laïcs, clergé, religieux, religieuses, etc.

Qu’est-ce à dire, être reliés en réseau? Tout d’abord, vivre la proximité par l’échange et le support mutuel, partager les ressources humaines et techniques, ensuite, pouvoir atteindre un plus large auditoire, ensemble, en même temps. C’est aussi, travailler ensemble dans la solidarité. Quand on vit la communion, fruit de la communication, comment, en effet, ne pas s’entraider, comment ne pas coopérer, se dévouer ensemble en faveur d’une même et bonne cause, le bien-être de tous?

Oui, le travail en commun est aussi une forme de communication où, en synergie et, dans tous les domaines, se conjuguent les énergies et les compétences. Les travailleurs de la presse, quant à eux, ils ont une lourde responsabilité et un rôle capital à jouer, en devenant des « ressources influentes » pour construire la civilisation d’amour à laquelle tous nous aspirons.

Mais, de quoi s’agit-il au fond, quand nous parlons de communication? C’est le passage de l’un à l’autre, de l’un vers l’autre ou de l’un dans l’autre. Ceci favorise et permet la rencontre de l’un avec l’autre, la rencontre de l’un et de l’autre. C’est, pour me répéter, établir une relation de l’un à l’autre, relier l’un à l’autre. Voyez-vous, c’est une notion tellement riche que les vocables suffisent à peine à en vider le contenu.

Communiquer, se communiquer, c’est également révéler, se révéler, enlever le voile qui sépare, qui cache, qui obstrue, pour découvrir ce qui se dérobait à vos yeux ou à votre esprit; pour se montrer à découvert. Tout d’abord, le Grand Communicateur, c’est Dieu lui-même qui s’est révélé à l’homme, autant, dans l’Ancien Testament, par les Prophètes que par et en Jésus-Christ, sa Parole Vivante! Il s’est fait connaître, en sortant de soi, pour se livrer à notre entendement et à notre cœur.

Voilà pourquoi, il y a grande analogie entre cette sortie de soi de Dieu, qui se donne et se fait connaître, et la sortie sur les ondes de nos Émetteurs ou de nos Centres de Communication, pour révéler, essentiellement, la même chose : Lui, Dieu, qui s’est d’abord communiqué, révélé. La technique et la technologie : Radio, Télévision, Internet, bien sûr, sont importantes, indispensables même, lorsqu’elles sont mises au service du contenu à dévoiler, à communiquer, à révéler : le message!

Mais, c’est le contenu lui-même qui est premier : l’enseignement, la formation, le message, l’information etc. C’est lui, sans lequel, la meilleure technique est vide de sens et peut même être nocive ou le devenir. Le contenu, c’est Dieu lui-même, révélé, communiqué, le message véhiculé par Sa Parole; c’est encore, comme affirme le Pape : « ce qui est le fondement et le sens ultime de l’être humain, de l’existence personnelle et sociale.»

Au terme de son Message, en la circonstance, le Pape s’exprime ainsi : « la promotion du dialogue par les échanges d’enseignement, par l’expression de la solidarité et l’instauration de la paix présente une grande chance pour les médias qu’il faut reconnaître et exercer. » Et il avait affirmé auparavant: « puisque le Christ est notre paix, démantelons les murs de division et d’hostilité, construisons la communion d’amour. Cela m’incite à m’aventurer dans la voie du dialogue et de la paix. Mais, pour bien comprendre le sens véritable de la paix, sa signification profonde et son implication en nous, il faut faire l’effort de la considérer dans la compréhension même de Dieu. Contentons-nous de ne recourir qu’à St Paul et à St Jacques pour nous en faire une idée.

St Paul nous enseigne, dans sa 2ème lettre aux Corinthiens (2 Cor 13, 11) ainsi que dans celle aux Romains (15,33) que le Dieu de la Paix sera avec nous. Il nous affirme encore, dans sa lettre aux Éphésiens (2,14) que le Christ est notre Paix. La lettre aux Galates, pour sa part, cite parmi les fruits de l’Esprit Saint, la paix (Gal 5, 22) et l’amour, dont on sait qu’il est plus fort que la haine et que la mort.

Ainsi : le Dieu de la Paix sera avec vous. La Paix est un fruit de l’Esprit. Christ est le Prince de la Paix. Or, le Christ est Dieu. Le visage de la vraie paix devra donc être celui du Christ. Lui, l’image visible du Dieu invisible. C’est en Lui, avantageusement, que nous pourrons découvrir ce qu’est la Paix, comment la procurer, comment la préserver, comment en vivre. Puisque donc le Christ est paix pour le monde, apparaît alors l’évidente nécessité de nous mettre au service de cette paix, au sein même de ce monde où l’Église exerce sa mission, l’incitant à s’y engager lui aussi, d’autant que le sentiment et l’exigence de la paix sont ancrés au plus profond de l’être humain.

Pour Saint Jacques, c’est dans la paix qu’est semée la justice, comme quoi, la paix est première et la justice est seconde (Jc 3, 18). Parlant, en effet, de la sagesse terrestre et de la sagesse d’en haut Saint Jacques dit ceci : « Le fruit de la justice est semée dans la paix, pour ceux qui font œuvre de paix » (Jc 3, 18) Cette affirmation bouscule souvent les mentalités qui veulent, à tout prix et, en tout premier lieu, satisfaire aux exigences de la justice. L’affirmation de Saint Jacques constitue un paradoxe que nous retrouvons dans la pratique évangélique et chrétienne quand il s’agit, en particulier, de la réconciliation.

Dans l’optique chrétienne, en effet, le cheminement vers la paix passe, d’abord, par la réconciliation, le pardon et le dialogue. Car, comment dialoguer avec un ennemi, comment vivre en paix, si l’on n’est pas réconcilié avec celui par qui les liens ont été rompus; il faut d’abord guérir les blessures. Voilà pourquoi il faut bien, en matière de réconciliation, distinguer le juridisme de la démarche chrétienne.

La réconciliation, en effet, c’est le pardon offert et reçu, sans réticence, entier, quelque soit la faute; ainsi, sont refaits, recousus, renoués, souvent améliorés, les liens qui avaient été cassés. Des exemples bibliques très éloquents et très émouvants existent ainsi que des exemples des temps modernes, sous bannière ecclésiale ou, uniquement, politiques, auxquels nous devrons nous référer, nous Peuple haïtien.

Dans cet ordre d’idées et de pensée, il nous faut, tout d’abord, bien sûr, apprendre à nous respecter mutuellement et à nous apprécier. Il nous faut nous décharger, aussi, des fardeaux du passé, accumulés: les erreurs, les fautes; c’est-à-dire, les tromperies, les mensonges, les trahisons; nous en décharger dans la vérité, recherchée avec sincérité, accueillie et acceptée avec humilité; puis, battre notre coulpe. Dès lors, sonnera le « glas » des ressentiments, de la vengeance et de la haine, pour que, en revanche, alors, soit empli l’air, du « carillon » de la réconciliation, pour réjouir nos cœurs.

C’est, animés de tels sentiments, que nous pourrons aborder le dialogue. Plaise au ciel qu’il en soit temps! Un dialogue vraiment national dont on n’a fait, jusqu’ici, que jeter des jalons et poser quelques balises. Il y faut une véritable Assemblée du Peuple, telle que suggérée en septembre 2004. Car, de temps en temps, le Peuple donne des signes, sinon de sa capacité, du moins, de sa volonté, non équivoque, de prendre en mains son destin, en participant aux transformations et aux changements qui le concernent. Un Peuple qui attend qu’on le prenne au sérieux.

Ce dialogue national ne doit donc pas d’abord se faire en chambre, mais sur les routes, dans les marchés ruraux, je veux dire, par là, qu’il faut faire mousser le questionnement et la réflexion, d’abord au niveau des sections communales, des mairies et des collectivités territoriales jusqu’aux instances départementales, où des synthèses intelligentes feront ressortir les priorités et les ressources, les handicaps et les défis, ceux-ci, pour les surmonter, celles-là, pour en tirer profit. Ce n’est donc qu’à ce moment précis, à mon humble avis, que soit envisageable un Congrès national, tenu et vécu dans la vérité, où, de la confrontation d’hier on passe à la concertation constructive.

Du dialogue et du Congrès, on aura tiré les Conclusions qui engagent non pas seulement un Gouvernement, mais, à plus longue échéance, l’avenir défini et circonscrit, selon ce que l’on aura décidé, et pour le temps convenu. Les moyens de communication sociale sont conviés à cette noble tâche.

En commençant cette réflexion, je disais que cette journée était placée sous le signe du don, je voudrais la terminer de la même façon. Déjà en 1971, dans l’Instruction « Communio et Progressio » l’Église considérait les médias comme des « dons de Dieu ». L’estime dans laquelle Elle tient, en effet, les moyens de communication, est telle qu’elle revendique pour Elle-même ses propres moyens de communication, dont elle affirme qu’elle « trouve leur point de départ dans la communication entre les Personnes divines et leur communication avec nous. »

Voilà pourquoi elle poursuit une double visée : « le développement correct et harmonieux de ces moyens et également leur correcte utilisation.» Tels sont mes vœux pour le réseau de nos radios catholiques et mes souhaits pour tous les médias du Pays.

Puissions nous tous, vivre ensemble, en communion profonde, dans la mouvance de l’Esprit, sous l’égide de celle que nous invoquons sous les vocables de Mère du Perpétuel Secours, Mère du Bel Amour et de la Sainte Espérance!

Hubert CONSTANT omi
Archevêque du Cap-Haïtien
Président de la Commission Épiscopale Nationale des Communications.
28 mai 2006.

 
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